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INTERVIEWS

Interview de Gonzalo Quesada, entraîneur adjoint XV de France, ancien membre de l'équipe d'Argentine de rugby

Tu as été joueur professionnel en rugby, et maintenant, tu entraînes au plus haut niveau, quelle part donnes tu au mental dans la production de performance?

Je considère que "le mental" dans toutes ses dimensions, est déterminant dans la performance. Mon expérience m'a prouvé que peu importe le niveau d'habiletés techniques, le talent naturel, les ressources physiques, le jour où le niveau de confiance, le niveau d'activation, le niveau de motivation, le niveau de gestion du stress, etc ne sont pas au rendez vous, il n'y a pas de performance possible. Les ressources techniques et physiques ne seront pas bien exploitées.

Les joueurs qui savent gérer leurs émotions et le stress les jours de grands matchs, disposent de plus d'énergie disponible. Pour moi, on voit les vrais champions les jours de grands rendez vous. Et après avoir partagé pas mal d'expériences avec plein de sportifs de haut niveau, tous, de façon plus ou moins consciente, travaillent mentalement.
Un joueur m'expliquait comment il préparait le match la veille, dans le lit, avec un cahier en train de noter différentes situations qui pouvaient se présenter et comment il pensait agir. Il imaginait les situations et ses actions... il n'avait jamais fait de la préparation mentale selon lui, mais on pouvait bien reconnaître des séances d'imagerie mentale très efficaces...
Un buteur avait fait dessiner et mettre un mot sur son tee en plastique à sa fille, car au moment de buter, en voyant ça, des sensations de plaisir et calme arrivaient. Il ne croit pas à la préparation mentale, mais sa stratégie de gestion du stress était assez évidente.

Aujourd'hui le rugby est très médiatisé, les stades sont de plus en plus remplis, les télés de plus en plus nombreuses, il y a des spécialistes et analystes derrière chaque match, la presse est de plus en plus présente, avec  les critiques qui accompagnent, etc... Il n'y a plus le choix, ce n'est plus possible de gérer ce niveau d'exposition, de jugement extérieur sans se préparer à l'affronter... et comme par hasard l'arrivée des préparateurs mentaux dans les structures des clubs commencent à se développer.

Comment intègres tu la préparation mentale à ton métier d'entraîneur?

J'ai été buteur et en ce moment j'entraîne des buteurs de haut niveau. Et la preuve de ma vision sur le sujet est ma méthodologie de travail. Dans le contenu des séances d'entraînement, on aura autant de temps consacré au travail technique qu'au travail dit "mental". Mais finalement les deux aspects sont tellement associés que l'on ne peut pas les entraîner individuellement.

Il y a plusieurs axes de travail concernant l'aspect mental.
Pendant les séances, pour exemple on va faire de l'imagerie motrice. C'est l'activité qu'on incorpore le plus.
Pas sur toutes les frappes, mais de temps en temps, quand le joueur arrive à bien "traverser" le ballon, et qu'il exprime des bonnes sensations, il va rester, debout à côté du point de frappe, les yeux ouverts ou fermés; et il va reproduire mentalement ce qui vient de se passer, tout, son ressenti tout le long, ce qu'il a vu, ce qu'il a entendu... On va faire des ancrages, et selon le profil du joueur cet ancrage aura des composantes plus kinesthésiques, visuelles ou auditives.

Pour l'exécution d'un geste technique de ce type, c'est un outil excellent, il faudra respecter l'isochronie,  ne pas le reproduire au ralenti, ni trop vite... respecter la durée que l'action a dans la réalité.
Et le fait de le mettre en place sur un terrain, habillé comme en match, etc, va faire que l'efficacité de la séance sera importante.
Aussi, le grand travail et le cœur des séances, sera la construction de la routine de performance. Au fur et à mesure qu'on corrige techniquement, et qu'il automatise son geste, on va beaucoup échanger et découvrir les mots et images " clés". On va passer beaucoup de temps à répéter, à chercher, et à identifier quelles images, avant de taper, le mettent dans les meilleures conditions pour aborder l'exercice de façon déliée et naturelle.
On sait que les réactions physiques et physiologiques du stress risquent de nous désorganiser le geste. Si on ne veut pas de muscles crispés, une respiration ou fréquence cardiaque accélérée, on doit trouver et enregistrer la séquence d'idées qui va occuper notre pensée pendant ces moments clés. Le cerveau, on le sait aussi, ne s'arrête pas de travailler, de penser... alors il vaut mieux se construire une routine très solide, avec les mots et images "ressources" qui vont l'occuper et qui ne laisseront pas de place aux pensés parasites... Les pensées parasites sont souvent liées a l'avenir ou au passé, si le buteur pense avant de frapper aux conséquences de sa réussite ou échec, il partira sur des paramètres qu'il ne maîtrise pas, et forcément la sensation d'être face à une tâche trop dure par rapport à ses ressources fera surface, et au même temps que le stress ...
S'il pense à la réussite des derniers matchs et que maintenant on attend trop de lui, il sera focalisé sur le passé, et les conséquences seront les mêmes. Tout le travail sur la routine nous permettra de trouver les images qui vont l'occuper, dans quel ordre elles feront apparition, et ça permettra au joueur de se focaliser sur le "présent" sur la tâche devant lui et sur les paramètres qu'il peut contrôler, comme pour exemple les détails techniques à respecter pour assurer un geste équilibré.



INTERVIEWS

Interview d'Olivier Bausset, médaillé de bronze aux Jeux Olympiques de Pékin

En quoi le mental a été important pour gagner une médaille à Pékin?
En cours de préparation, le mental aide à passer au delà des problèmes. Au moment des Jeux Olympiques, tous les équipages sont affûtés au maximum, et la différence ne se joue plus au niveau technique mais au niveau mental. Etre fort mentalement aide à avoir la lucidité nécessaire pour bien naviguer dans ces moments forts émotionnellement.

De façon plus générale, quelle place donnes tu au mental, dans le sport, dans ta vie professionnelle, et pourquoi pas personnelle ?
Pour moi, le mental est nécessaire à la réussite d'un projet. Il aide à appréhender les difficultés. Je n'ai pas fait spécifiquement de préparation mentale, mis à part quelques heures d'initiation lorsque j'avais 12 ans. Faire du sport de haut niveau m'a beaucoup servi tout au long de mes études et me sert quotidiennement dans mon activité professionnelle. Le mental m'aide à gérer la charge de travail, la gestion des conflits, toutes situations critiques...

Qu'est-ce que t'a apporté l'équipe pendant ta préparation olympique (l'équipage, l'entraîneur, les partenaires d'entraînement, l'équipe de France...)?
Je suis persuadé que l'on ne fait pas de grandes choses sans un travail d'équipe. Mais il ne faut pas que le travail d'équipe soit un frein à la performance individuelle. Personnellement je me suis toujours senti bien dans une équipe. L'entraîneur fait parti intégrante du projet, son rôle de "manager" est indispensable. Mais il est souvent bon d'avoir une personne extérieure au projet sportif comme intervenant ponctuel car cette personne voit parfois en un coup d'oeil un dysfonctionnement que les coureurs et l'entraîneur ne voient pas.
J'ai souvent créé des liens forts avec nos partenaires d'entraînement car je considère que ce sont des personnes qui apportent beaucoup. Nous faisons face aux mêmes problématiques avec des visions et des solutions parfois différentes. En mettant en commun notre savoir, c'est toute l'équipe qui avance. Les tensions peuvent souvent monter à l'approche d'échéances importantes, c'est à ce moment que le statut de partenaire se transforme souvent en statut d'adversaire. Mais la confiance obtenue dans le travail de préparation nous a souvent aidé à dépasser ce sentiment d'adversité.
Je suis persuadé que chaque personne d'une équipe peut nous apporter quelque chose: par exemple, aller chez le kiné après les épreuves était pour moi un moyen de discuter d'autre chose et sortir de la compétition pendant un instant, en plus bien sûr du travail de récupération. J'ai souvent puisé dans "l'équipe" dans les moments difficile.   

Qu'est-ce qui a été mis en place (y compris de façon intuitive) pour faire que 1+1 soit supérieur à 2? Et pour que l'équipe élargie fonctionne de façon optimale? Qu'as tu personnellement fait à ce niveau?
Avec Nicolas, notre relation était bien plus qu'un simple équipage. Pour moi, la force de notre équipage a été de laisser s'exprimer les qualités de chacuns sans effacer ses défauts.
Nous n'avons pas forcément cherché à gommer les défauts de l'autre, mais plutôt cherché à ce que les qualités de l'un surpassent les défauts de l'autre. Heureusement nous étions très complémentaires!
J'ai souvent été un trait d'union au sein de l'équipe. De par mon caractère, j'étais celui qui va vers les autres dans les moments difficiles.

Tu as mené de front une carrière sportive et des études de pharmacie, qu'est-ce qui t'a permis d'y arriver, et au niveau mental, quels aspects t'ont semblé décisifs?
Ce qui m'a le plus aidé est la gestion de la charge de travail. Lorsque l'on a un objectif, ça ne sert à rien d'être prêt trop tôt, il faut savoir être prêt au bon moment.
Au moment des concours, c'est la gestion du stress. Pour moi, arriver à gérer ses émotions est important car il y a des moments où il faut garder tous ses moyens pour avoir le corps et l'esprit à 100%.
A ce niveau là l'expérience acquise en haut-niveau m'a énormément servie pendant mes études.

Aujourd'hui tu as cessé ta carrière sportive, et tu es passé à autre chose, comment vis tu et gères tu ce changement de vie?
Je suis très bien entouré, ce que je fais dans la vie m'épanouit. Bien sûr il y a des moments où la compétition me manque mais il y a toujours des défis à relever.

TEMOIGNAGES

"L'intervention d'Ingrid Petitjean présente une approche originale dans le domaine sportif. En effet, le lien dynamique entre son approche de la compétition de haut niveau en voile et ses connaissances dans le domaine du mental définit un objectif recherché par tout préparateur mental : l'autonomie raisonnée du compétiteur. Sa démarche se basant sur une analyse de sa pratique s'avère donc d'un apport essentiel pour les étudiants de notre formation". Michel Verger (responsable du DUPM - UBP Clermont Ferrand)


"Je suis allée vers Ingrid, au départ pour des questions très ponctuelles en étant plutôt réticente sur les compétences d'un coach par rapport à mes demandes. J'étais à une période charnière de ma vie professionnelle. Je voulais et j'avais besoin de changer de direction mais sans savoir exactement vers quelle voie m'engager, et surtout quel métier choisir.
Elle m'a permis de faire un réel bilan pour arriver à conjuguer envies personnelles, mes besoins et attentes professionnelles, ainsi que mes objectifs à long terme." Nathalie (coachée)

BIBLIOGRAPHIE

Voici une liste d'ouvrages auxquels je me référe.

Manuel de préparation mentale, Christian Target, Editions Chiron.
Les responsables porteurs de sens, Vincent Lenhardt, Insep Editions.
Coacher avec la Process Com®, Gérard Collignon, Pascal Legrand , InterEditions
L'élément humain, Will Schutz, InterEditions